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Frown station


par Didier Arnaudet

Nino Laisné photographie une absence, celle des corps, et cette absence désigne une présence, celle des espaces voués à l’action, la compétition et donc à l’entretien de ces corps. Il décide ainsi des choix de regard sur des sites de pratiques sportives (piscine, gymnase) et de leurs équipements et commodités (vestiaires, douches, infirmerie), abandonnés, ou plus exactement mis entre parenthèses, en attente de la saison estivale. Il nous confronte à un monde ordinaire, mais qui se dérobe à toute proximité rassurante, laisse place à une rudesse indéfinissable, une interrogation insistante, et cette confrontation directe, resserrée, marquée par une frontalité d’où se dégage quelque chose d’incertain, nous pousse à basculer peu à peu dans un monde inconnu.

L’image relève à la fois de deux ordres : la réalité et la fiction. Ces deux ordres interfèrent l’un dans l’autre et entretiennent des liens complexes qui empruntent bien des détours et des voies de traverse, tout en préservant une surface apparemment lisse, tendue vers une communication n’opérant que par élimination ou suspension. Tantôt ils se joignent, se mêlent et échangent leurs enjeux respectifs, tantôt, au contraire, ils se jaugent, se préparent à un affrontement, sûrement violent, pour signifier le tranchant de leurs oppositions. Cet état inconstant de confusion est pourtant délibérément convoqué, redoutablement maîtrisé. Il a l’objectif particulier de présenter l’expérience vécue d’une désignation et d’une rétractation, et de donner à ce double aspect une formulation qui, tout en étant rigoureusement ordonnée, insinue, sollicite et suggère. Il s’intensifie dans la conjonction du vide et du plein, de la lumière et l’obscurité, de la réserve et de l’éclat, de l’inertie et de la résistance.

Le démontage de la réalité ne peut s’effectuer que par un surcroît de réalité. Il s’agit de porter à l’extrême le jeu des indices, en soulignant les repères, en amplifiant les ressources, sans pour autant s’engluer dans la démonstration. Cet excès de réalité ne renonce pas à une qualité de fluidité, d’austérité même, et passe avant tout par le refus de l’abstraction des lieux et de la résonance fantomatique des corps. Son apparence théâtrale renvoie à la nécessité de la fiction, de son usage de la contradiction, à l’ouverture d’une scène affûtée, d’une inquiétante compacité, aimantée par un accomplissement qui ne viendra pas, mais où se devinent la forte tension de l’effort et le relâchement qui nous forcent à rester sur nos gardes, à maintenir une vigilance renouvelée.


                                         Didier Arnaudet, décembre 2011
                 (extrait du catalogue "station", ed. Pollen, 2012
)




by Didier Arnaudet

Nino Laisné photographs absences, specifically that of the human body, and this absence is representative of a certain kind of presence, that found in areas devoted to sport, competition and the concurrent physical activity of the body. To this effect he chooses views of sporting venues (swimming pool, gymnasium) and the equipment and amenities (changing rooms, showers, first aid centres), abandoned, or more precisely temporarily suspended, waiting for the coming season. He shows an ordinary world, unveiled in reassuring proximity, but still allowing room for an indefinable ruggedness, an insistent questioning, and this direct confrontation, narrowed down, marked head on by a freeing up of something uncertain, pushes us to topple bit by bit into an unknown territory.


The images reveal two levels at the same time: reality and fiction. These two levels interfere one with the other and maintain complex links which exchange detours and traverses, whilst preserving an apparently smooth surface appearance, extending towards a form of communication which only operates by elimination or suspension. Sometimes, contrarily, they size each other up, preparing for a confrontation, surely violent, to show the sharpest of their contrasts. This inconstant state of confusion is sometimes deliberately summoned, formidably mastered. It has the strange objective of showing experiences without nomination or revocation, and gives to this double aspect an expression which, rigorously organised, insinuates, solicits and suggests. It is intensified through the conjunction of empty and full, light and darkness, discretion and splendour, inertia and resistance.

This stripping down of reality can only be achieved by an increase in reality. It consists of bringing to an extreme a game of clues, an underlining of locales, an amplification of means, without going so far as to get stuck in the display. This excess of reality doesn’t dispel a fluid quality, a starkness even, and ignores above all a refusal to abstract places and the phantasmic resonance of the body. The theatrical appearance reflects back to the need for a fiction, of his use of contradiction and of the opening of a sharply designated scene offering a disturbing density. This is magnified by an accomplishment which never comes, but in which can be found the high tension of effort and release which forces us to stay on our guard and to maintain a renewed vigilance.


                                         Didier Arnaudet, december 2011
                                              translated by Rachel Foister
                           (from the "station" book, ed. Pollen, 2012)
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