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Frown notes


à propos de
les heures / bx-bsas / intérieur jour / salons


Depuis plusieurs années, mes recherches plastiques s’articulent autour de la question du drame. Je construis des situations suspendues, où le temps se cristallise. Comme si une tension s’était infiltrée dans l’image, pouvant la faire basculer dans un potentiel dramatique. On est dans l’idée du drame, dans la suspension de l’instant d’avant. Un arrêt temporel ouvert au bouleversement comme à l’anecdotique, même s’il nous semble que l’irréparable est en route.

Toutes ces scènes sont extrêmement précises. Cela se rapproche d’un travail de scénographe sur un plateau de tournage où chaque espace est soigneusement pensé. Tous les éléments contribuent à nous dérouter, à donner une impression de flottement. Il y a aussi une dimension esthétique dans ces images, une sorte de sensualité dans la présence des corps. Même s’ils sont fatigués, leurs attitudes alanguies et fragiles les fait basculer dans une certaine volupté. Une atmosphère plutôt latine qui découle d’un fort intérêt pour le cinéma sud-américain.


à propos de
station


Il s’agit d’un ensemble de photographies qui parcourt différents espaces sportifs (piscine, vestiaire, gymnase...), des espaces dédiés au corps. La plupart de ces lieux sont fermés en dehors des deux mois d’été. Leur état stationnaire a très vite attiré mon attention. Et curieusement même si ces espaces sont vides, ils sont chargés de cette tension physique.

A la différence de mes précédentes images, ces photos ont été réalisées sans aucune intervention de ma part. J’en suis arrivé à penser une photographie plus dépouillée, plus directe. L’occasion pour moi de me concentrer sur la lumière qui occupe ces lieux, révélant alors tout leur potentiel dramatique.


à propos de
1er étage

Il s’agit d’une installation photographique derrière les fenêtres d’un bâtiment, visible uniquement depuis l’extérieur. Cette pièce est une commande de la ville d’Artigues-près-Bordeaux pour leur festival annuel d’art contemporain. Elle a été exposée durant quatre mois .

Pour appréhender correctement cette installation, il est important de préciser le dispositif qui la structure. La totalité de ce qui est visible à travers les fenêtres est de la photographie. Chaque silhouette mais aussi chaque élément du décor, murs et plafonds compris, sont des images planes découpées et agencées dans l’espace. À la manière des tableaux vivants, cela redonne une profondeur à ce dispositif bidimensionnel. De nuit un éclairage blanc était déclenché.
Cette installation photographique s’inscrit clairement dans une situation de drame familial. Une situation où tout peut basculer mais dont on ignore les enjeux. La nature du drame restera parfaitement scellé. La scène qui est donnée à voir ne présente qu’une situation figée. Des personnages, le regard vide, attendent derrière les fenêtres du bâtiment. On ne sait rien de ce qu’ils attendent. Le drame a-t-il déjà eu lieu? Va-t-il se produire? Mon travail se situe précisément là, dans cet intervalle entre l’avant et l’après. Cela consiste à  construire une suspension plutôt qu'une réelle narration.





Nous pouvons y voir un compactage d'indices. Toutes les indications sont scellées: une serrure posée sur la narration, surtout pas de clef. En ce sens mes images sont une préfiguration du drame. Et c’est au spectateur de mettre en péril le dispositif, de l’ouvrir au drame. C’est alors qu’intervient la notion de fantasme chez le spectateur, dans la projection qu’il peut se faire de la scène. La carence volontaire d’informations joue sur cette frustration. Et le dispositif mis en place derrière chaque fenêtre répond finalement à l’attente du voyeur. L’envie d’observer ce qu’il se passe chez le voisin, le désir de voir la situation se desceller. Pourtant rien ne fera événement hormis peut-être la disparition des silhouettes lors du décrochage.


à propos de

la cuisine / el baño

Il est important pour moi de me confronter à un autre médium que la photographie. Mes préoccupations m’ont conduit à expérimenter ce rapport au temps, déjà présent dans mes photos, à travers la vidéo. C’était l’occasion de prolonger cet étirement temporel dans l’image en mouvement.

Ici, nous retrouvons aussi cet épuisement de la narration. Une narration inefficace ou non signifiante. En quelque sorte un évidement. L’action est réduite à quelques déplacements d’un personnage au sein d’un intérieur assez étroit. C’est aussi faire passer au premier plan la mise en scène. Et c’est dans cet évidement qu’apparaît tous les petits détails du jeu des acteurs. Le plan-séquence est pour moi une belle façon de respecter le travail du comédien, sans avoir à fragmenter son jeu. C’est aussi une manière d’aborder la gravité. Au sens propre d’abord en montrant des déplacements lourds, incertains et maladroits. Mais aussi la gravité de la situation et celle de chacun des personnages, dans leur repli sur eux-mêmes. Finalement, nous revenons à ce sentiment de déception car nous attendons que quelque chose s’effondre sans jamais obtenir satisfaction.



à propos de
María

Depuis de nombreux siècles, on peut constater des liens étroits entre culture populaire et culture savante. Il n’est pas rare de remarquer des intrusions d’origine profane au sein de musiques sacrées. Ainsi de nombreuses chansons traditionnelles ont servies à mettre en musique des cantiques, des motets, ou encore la passion du Christ. Et si des airs connus étaient si souvent utilisés, c’est bien que l’on comptait sur leurs pouvoirs émotifs pour sensibiliser les esprits à la foi.

C’est cet intérêt pour les liens multi-culturels qui m’a poussé à recomposer une pièce baroque ayant pour point de départ un tango d’Anibal Troilo composé en 1945, nommé María. Le texte signé Cátulo Castillo, teinté de drame, de sensualité et d’abandon rejoint assez justement la sensibilité et le climat douloureux d’un Stabat Mater. Cela me permet donc de créer des analogies rythmiques et harmoniques entre les deux époques.
Comme si par un saut temporel, une complainte avait pu se frayer un chemin entre une chanson des années 40 et une musique sacrée du XVIIème.

                                                                                 N.L.
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